|

ISBN : 2-35073-139-1 - Commander
Le mystère de la chambre 10 (1930) 
- Pourquoi avez-vous agi de la sorte ? demanda l’inspecteur de police. - J’ai regardé autour de moi, puis ça a été instinctif... répondit Joshua. - Veuillez m’expliquer à nouveau le déroulement complet et précis de la situation » réclama l’inspecteur, tout en montrant un coin retiré de l’hôtel, derrière la fontaine de l’accueil. Quatre heures auparavant, à l’Hôtel des Trois Fontaines. Joshua regarda sa montre qui indiquait huit heures précises. Il entendit en écho les cloches de la cathédrale de la ville sonnant les huit coups. Il regarda son calepin et vérifia l’horaire de réveil de chacune des chambres. Il y était indiqué : à 8 heures, chambre 10. Il saisit le combiné téléphonique, composa le numéro de la chambre, aucune réponse. Après trois sonneries, il raccrocha. Joshua possédait une technique pour les réfractaires du réveil, trois sonneries à intervalle de deux minutes. Ce système fonctionnait à tous les coups. Il énervait les endormis car ils vivaient ces sonneries comme une agression, une agression qu’ils s’infligeaient puisqu’ils demandaient la veille à être réveillés à telle heure précise. En principe au bout de trois cycles c’est à dire neuf sonneries, ils décrochaient... Il n’était pas rare que le client soit de mauvais poil, qu’il demande le temps qu’il faisait, ou qu’il complimente pour sa ponctualité et surtout sa ténacité le service de l’hôtel. Mais au bout de 9 sonneries, la chambre 10 ne répondait toujours pas. Joshua était seul dans le hall d’accueil, avec le bruit des fontaines et la petite musique de fond, Mozart, de l’opéra, la flûte enchantée en l’occurrence. Il tenta une dernière fois. Rien. Il était huit heures et cinq minutes, il décida de se déplacer. A l’étage, il rencontra William, le garçon d’étage. Ils se saluèrent et il lui demanda si la 10 était réveillée, si du bruit avait été entendu, ce que William infirma. Les deux hommes se retrouvèrent devant le seuil de la porte, Joshua toqua deux grands coups secs sur la porte. Rien. - « Madame SHELLER, c’est le service d’étage », dit Joshua... Pas de réponse… A suivre… 1942 (Partie 1) La France était sous occupation allemande. Joshua lisait les dernières nouvelles nationales où il était fait état des restrictions alimentaires, du moral très bas des citoyens et de ces trains qui partaient vers des lieux inconnus. Seule certitude : la chasse aux juifs, aux résistants battait son plein. Des gens disparaissaient, des familles fuaient, des enfants se retrouvaient livrés à eux-mêmes. C’était la guerre. Les plus forts l’emportaient et en profitaient pour imposer leur pouvoir. Animalité de l’homme dans toute sa splendeur. Le désespoir guettait, les suspicions dominaient. La délation faisait rage. Et il y avait Joshua. A l’hôtel des trois fontaines, le moral du personnel était à l’identique de celui de tout citoyen français ou d’autres. La morosité se lisait sur les visages, ainsi que la peur, la crainte même. Carcassonne n’était pourtant pas Paris. Les patrouilles allemandes transitaient dans la ville, elles régnaient en conquérantes et s’appropriaient, selon leurs besoins : lieux, nourriture, essence entre autres. Une jeep, suivie d’un camion rempli de soldats allemands, s’arrêta devant l’hôtel. Un soldat pénétra dans le hall. L’hôtel retint son souffle. Monsieur LEGRAND accourut, pris d’un mauvais pressentiment. Les Allemands envahissaient les Trois Fontaines. Le directeur se mit à discuter avec un soldat. Son faciès pâlissait au fil de la discussion. Sous le regard intrigué et anxieux de Joshua, la discussion se termina. Monsieur LEGRAND se précipita vers le comptoir. Joshua perçut les symptômes de l’angoisse dans le regard de son directeur : gorge serrée, sèche… Les premiers mots n’avaient pas la même tonalité que d’habituelle, tremblements. « - Ecoutez moi bien. Vous vous appelez Pierre GARNIER. Pierre GARNIER, vous avez compris ...Vous avez compris. » Joshua acquiesça de la tête. « - Allez prévenir William COHEN, cachez-le, en attendant je m’occupe des allemands. Ils arrivent. Ils s’installent à l’hôtel pour la nuit. Cachez aussi la petite Lili HAUCHMAN, avec William. Vous avez compris. Dépêchez-vous... Il n’avait pas fini sa phrase que les bottes des soldats qui se trouvaient dans le hall d’entrée claquèrent fortement. Ce claquement précédait et entraînait le signe aryen rituel et le heil Hitler faisant pâlir tous les murs de l’hôtel. Plus personne n’osait bouger à l’entrée d’un gradé allemand. Il arrivait au centre de la colonne que formaient ses soldats. Il ôta son couvre-chef où trônait l’aigle, symbole de l’Allemagne. Il se dirigea vers Monsieur LEGRAND… A suivre…
|